Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/443

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pas besoin que vous me disiez ce qu’une telle retenue a pu vous coûter. Mais j’ai peur qu’il ne se mêle à vos raisons des prétextes plus spécieux que solides ; j’ai peur qu’en vous piquant de tenir des engagemens dont tout vous dispense & qui n’intéressent plus personne, vous ne vous fassiez une fausse vertu de je ne sais quelle vaine constance plus à blâmer qu’à louer, & désormois tout-à-fait déplacée. Je vous l’ai déjà dit autrefois, c’est un second crime de tenir un serment criminel ; si le vôtre ne l’étoit pas, il l’est devenu ; c’en est assez pour l’annuller. La promesse qu’il faut tenir sans cesse est celle d’être honnête homme & toujours ferme dans son devoir ; changer quand il change, ce n’est pas légereté, c’est constance. Vous fîtes bien, peut-être, alors de promettre ce que vous feriez mal aujourd’hui de tenir. Faites dans tous les tems ce que la vertu demande, vous ne vous démentirez jamais.

Que s’il y a parmi vos scrupules quelque objection solide, c’est ce que nous pourrons examiner à loisir. En attendant, je ne suis pas trop fâchée que vous n’ayez pas saisi mon idée avec la même avidité que moi, afin que mon étourderie vous soit moins cruelle, si j’en ai fait une. J’avois médité ce projet durant l’absence de ma cousine. Depuis son retour & le départ de ma lettre, ayant eu avec elle quelques conversations générales sur un second mariage, elle m’en a paru si éloignée, que, malgré tout le penchant que je lui connois pour vous, je craindrois qu’il ne falût user de plus d’autorité qu’il ne me convient, pour vaincre sa répugnance, même en votre faveur ; car il est point