Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/444

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où l’empire de l’amitié doit respecter celui des inclinations & les principes que chacun se fait sur des devoirs arbitraires en eux-mêmes, mais relatifs à l’état du cœur qui se les impose.

Je vous avoue pourtant que je tiens encore à mon projet : il nous convient si bien à tous, il vous tireroit si honorablement de l’état précaire où vous vivez dans le monde, il confondroit tellement nos intérêts, il nous feroit un devoir si naturel de cette amitié qui nous est si douce, que je n’y puis renoncer tout-à-fait. Non, mon ami, vous ne m’appartiendrez jamais de trop près ; ce n’est pas même assez que vous soyez mon cousin ; ah ! je voudrois que vous fussiez mon frere.

Quoi qu’il en soit de toutes ces idées, rendez plus de justice à mes sentimens pour vous. Jouissez sans réserve de mon amitié, de ma confiance, de mon estime. Souvenez-vous que je n’ai plus rien à vous prescrire & que je ne crois point en avoir besoin. Ne m’ôtez pas le droit de vous donner des conseils, mais n’imaginez jamais que j’en fasse des ordres. Si vous sentez pouvoir habiter Clarens sans danger, venez-y, demeurez-y ; j’en serai charmée. Si vous croyez devoir donner encore quelques années d’absence aux restes toujours suspects d’une jeunesse impétueuse, écrivez-moi souvent, venez nous voir quand vous voudrez ; entretenons la correspondance la plus intime. Quelle peine n’est pas adoucie par cette consolation ! Quel éloignement ne supporte-t-on pas par l’espoir de finir ses jours ensemble ! Je ferai plus ; je suis prête à vous confier un de mes