Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/464

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qu’elle avoit faites & qui pouvoient les favoriser ou leur nuire, enfin sur tout ce qui devoit nous mettre en état de suppléer à ses fonctions de mere aussi long-tems qu’elle seroit forcée à les suspendre. C’était, pensais-je, bien des précautions pour quelqu’un qui ne se croyoit privé que durant quelques jours d’une occupation si chére ; mais ce qui m’effraya tout-à-fait, ce fut de voir qu’elle entroit pour Henriette dans un bien plus grand détail encore. Elle s’étoit bornée à ce qui regardoit la premiere enfance de ses fils, comme se déchargeant sur un autre du soin de leur jeunesse ; pour sa fille, elle embrassa tous les tems & sentant bien que personne ne suppléeroit sur ce point aux réflexions que sa propre expérience lui avoit fait faire, elle nous exposa en abrégé, mais avec force, & clarté, le plan d’éducation qu’elle avoit fait pour elle, employant près de la mere les raisons les plus vives & les plus touchantes exhortations pour l’engager à le suivre.

Toutes ces idées sur l’éducation des jeunes personnes & sur les devoirs des meres, mêlées de fréquens retours sur elle-même, ne pouvoient manquer de jetter de la chaleur dans l’entretien. Je vis qu’il s’animoit trop. Claire tenoit une des mains de sa cousine & la pressoit à chaque instant contre sa bouche, en sanglotant pour toute réponse ; la Fanchon n’étoit pas plus tranquille ; & pour Julie, je remarquai que les larmes lui rouloient aussi dans les yeux, mais qu’elle n’osoit pleurer de peur de nous alarmer davantage. aussi-tôt je me dis : Elle se voit morte. Le seul espoir qui me resta fut que la frayeur pouvoit l’abuser sur son état &