Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/469

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que vous avez si souvent attaquée. Ce n’est pas la derniere fois qu’il est revenu depuis ce tems-là. Quoi qu’il en soit, ce doute me délivra de celui qui me tourmentait. Je pris sur-le-champ mon parti ; & de peur d’en changer, je courus en hâte au lit de Julie. Je fis sortir tout le monde & je m’assis ; vous pouvez juger avec quelle contenance. Je n’employai point auprès d’elle les précautions nécessaires pour les petites âmes. Je ne dis rien ; mais elle me vit & me comprit à l’instant. Croyez-vous me l’apprendre ? dit-elle en me tendant la main. Non, mon ami, je me sens bien : la mort me presse, il faut nous quitter.

Alors elle me tint un long discours dont j’aurai à vous parler quelque jour & durant lequel elle écrivit son testament dans mon cœur. Si j’avois moins connu le sien, ses dernieres dispositions auroient suffi pour me le faire connaître.

Elle me demanda si son état étoit connu dans la maison. Je lui dis que l’alarme y régnait, mais qu’on ne savoit rien de positif & que du Bosson s’étoit ouvert à moi seul. Elle me conjura que le secret fût soigneusement gardé le reste de la journée. Claire, ajouta-t-elle, ne supportera jamais ce coup que de ma main ; elle en mourra s’il lui vient d’une autre. Je destine la nuit prochaine à ce triste devoir. C’est pour cela sur-tout que j’ai voulu avoir l’avis du médecin, afin de ne pas exposer sur mon seul sentiment cette infortunée à recevoir à faux une si cruelle atteinte. Faites qu’elle ne soupçonne rien avant le tems,