Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/472

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


pas de moi, couche dans mon lit. Le parti fut accepté. Pour moi, l’on me renvoya & véritablement j’avois besoin de repos.

Je fus levé de bonne heure. Inquiet de ce qui s’étoit passé durant la nuit, au premier bruit que j’entendis j’entrai dans la chambre. Sur l’état où Madame d’Orbe étoit la veille, je jugeai du désespoir où j’allois la trouver, & des fureurs dont je serois le témoin. En entrant, je la vis assise dans un fauteuil, défaite & pâle, plutôt livide, les yeux plombés & presque éteints, mais douce, tranquille, parlant peu, faisant tout ce qu’on lui disoit sans répondre. Pour Julie, elle paraissoit moins foible que la veille ; sa voix étoit plus ferme ; son geste plus animé ; elle sembloit avoir pris la vivacité de sa cousine. Je connus aisément à son teint que ce mieux apparent étoit l’effet de la fievre ; mais je vis aussi briller dans ses regards je ne sais quelle secrete joie qui pouvoit y contribuer & dont je ne démêlois pas la cause. Le médecin n’en confirma pas moins son jugement de la veille ; la malade n’en continua pas moins de penser comme lui & il ne me resta plus aucune espérance.

Ayant été forcé de m’absenter pour quelque tems, je remarquai en entrant que l’appartement avoit été arrangé avec soin ; il y régnoit de l’ordre & de l’élégance ; elle avoit fait mettre des pots de fleurs sur sa cheminée, ses rideaux étoient entr’ouverts & rattachés ; l’air avoit été changé ; on y sentoit une odeur agréable ; on n’eût jamais cru être dans la chambre d’un malade. Elle avoit fait sa toilette avec le même soin : la grace & le goût se montroient encore dans sa parure négligée.