Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/477

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pourtant je n’aurois pas voulu qu’elle y eût renoncé. Si j’eusse été malade, je serois certainement mort dans mon sentiment ; mais je désirois qu’elle mourût dans le sien & je trouvois pour ainsi dire qu’en elle je risquois plus qu’en moi. Ces contradictions vous paraîtront extravagantes ; je ne les trouve pas raisonnables & cependant elles ont existé. Je ne me charge pas de les justifier, je vous les rapporte.

Enfin le moment vint où mes doutes alloient être éclaircis. Car il étoit aisé de prévoir que tôt ou tard le pasteur ameneroit la conversation sur ce qui fait l’objet de son ministere ; & quand Julie eût été capable de déguisement dans ses réponses, il lui eût été bien difficile de se déguiser assez pour qu’attentif & prévenu je n’eusse pas démêlé ses vrais sentiments.

Tout arriva comme je l’avois prévu. Je laisse à part les lieux communs mêlés d’éloges qui servirent de transition au ministre pour venir à son sujet ; je laisse encore ce qu’il lui dit de touchant sur le bonheur de couronner une bonne vie par une fin chrétienne. Il ajouta qu’à la vérité il lui avoit quelquefois trouvé sur certains poins des sentimens qui ne s’accordoient pas entierement avec la doctrine de l’Eglise, c’est-à-dire avec celle que la plus saine raison pouvoit déduire de l’Ecriture ; mais comme elle ne s’étoit jamais a heurtée à les défendre, il espéroit qu’elle vouloit mourir ainsi qu’elle avoit vécu, dans la communion des fideles & acquiescer en tout à la commune profession de foi.