Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/488

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


votre épouse. Moi, me réjouir de vous quitter ! vous qui n’avez vécu que pour me rendre heureuse & sage ; vous de tous les hommes celui qui me convenoit le plus, le seul peut-être avec qui je pouvois faire un bon ménage & devenir une femme de bien ! Ah ! croyez que si je mettois un prix à la vie, c’étoit pour la passer avec vous. Ces mots prononcés avec tendresse m’émurent au point qu’en portant fréquemment à ma bouche ses mains que je tenois dans les miennes, je les sentis se mouiller de mes pleurs. Je ne croyois pas mes yeux faits pour en répandre. Ce furent les premiers depuis ma naissance, ce seront les derniers jusqu’à ma mort. Après en avoir versé pour Julie, il n’en faut plus verser pour rien.

Ce jour fut pour elle un jour de fatigue. La préparation de Madame d’Orbe durant la nuit, la scene des enfans le matin, celle du ministre l’apres-midi, l’entretien du soir avec moi, l’avoient jetée dans l’épuisement. Elle eut un peu plus de repos cette nuit-là que les précédentes, soit à cause de sa foiblesse, soit qu’en effet la fievre & le redoublement fussent moindres.

Le lendemain, dans la matinée, on vint me dire qu’un homme tres mal mis demandoit avec beaucoup d’empressement à voir Madame en particulier. On lui avoit dit l’état où elle était : il avoit insisté, disant qu’il s’agissoit d’une bonne action, qu’il connaissoit bien Madame de Wolmar & qu’il savoit bien que tant qu’elle respireroit elle aimeroit à en faire de telles. Comme elle avoit établi pour regle inviolable de ne jamais rebuter personne & sur-tout les malheureux,