Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/492

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paisible, qu’elle rendit le plus intéressant, le plus charmant que nous eussions jamais eu.

Elle commença par quelques observations sur le touchant spectacle qui venoit de nous frapper & qui lui rappeloit si vivement les premiers tems de sa jeunesse. Puis, suivant le fil des événements, elle fit une courte récapitulation de sa vie entiere, pour montrer qu’à tout prendre elle avoit été douce & fortunée, que de degré en degré elle étoit montée au comble du bonheur permis sur la terre & que l’accident qui terminoit ses jours au milieu de leur course marquait, selon toute apparence, dans sa carriere naturelle, le point de séparation des biens & des maux.

Elle remercia le Ciel de lui avoir donné un cœur sensible, & porté au bien, un entendement sain, une figure prévenante ; de l’avoir fait naître dans un pays de liberté & non parmi des esclaves, d’une famille honorable & non d’une race de malfaiteurs, dans une honnête fortune & non dans les grandeurs du monde qui corrompent l’ame, ou dans l’indigence qui l’avilit. Elle se félicita d’être née d’un pere & d’une mere tous deux vertueux & bons, pleins de droiture & d’honneur & qui, tempérant les défauts l’un de l’autre, avoient formé sa raison sur la leur sans lui donner leur foiblesse ou leurs préjugés. Elle vanta l’avantage d’avoir été élevée dans une religion raisonnable, & sainte, qui, loin d’abrutir l’homme, l’ennoblit, & l’éleve ; qui, ne favorisant ni l’impiété ni le fanatisme, permet d’être sage & de croire, d’être humain & pieux tout à la fois.

Apres cela, serrant la main de sa cousine qu’elle tenoit dans