Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/51

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jusqu’au retour de son mari, si elle ne m’en eût tiré. Pour elle, il ne parut pas que ce tête-à-tête l’eût gênée en rien. Elle conserva le même maintien & les mêmes manieres qu’elle avoit auparavant, elle continua de me parler sur le même ton ; seulement je crus voir qu’elle essayoit d’y mettre encore plus de gaieté & de liberté, jointe à un regard, non timide & tendre, mais doux & affectueux, comme pour m’encourager à me rassurer & à sortir d’une contrainte qu’elle ne pouvoit manquer d’apercevoir.

Elle me parla de mes longs voyages : elle vouloit en savoir les détails, ceux sur-tout des dangers que j’avois courus, des maux que j’avois endurés ; car elle n’ignoroit pas, disait-elle que son amitié m’en devoit le dédommagement. Ah ! Julie, lui dis-je avec tristesse, il n’y a qu’un moment que je suis avec vous ; voulez-vous déjà me renvoyer aux Indes ?Non pas, dit-elle en riant, mais j’y veux aller à mon tour.

Je lui dis que je vous avois donné une relation de mon voyage, dont je lui apportois une copie. Alors, elle me demanda de vos nouvelles avec empressement. Je lui parlai de vous & ne pus le faire sans lui retracer les peines que j’avois souffertes & celles que je vous avois données. Elle en fut touchée ; elle commença d’un ton plus sérieux à entrer dans sa propre justification & à me montrer qu’elle avoit dû faire tout ce qu’elle avoit fait. M. de Wolmar rentra au milieu de son discours ; & ce qui me confondit, c’est qu’elle le continua en sa présence exactement comme s’il n’y eût pas été. Il ne put s’empêcher de sourire en démêlant mon étonnement.