Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/52

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


après qu’elle eut fini, il me dit : Vous voyez un exemple de la franchise qui regne ici. Si vous voulez sincerement être vertueux, apprenez à l’imiter : c’est la seule priere & la seule leçon que j’aie à vous faire. Le premier pas vers le vice est de mettre du mystere aux actions innocentes ; & quiconque aime à se cacher a tôt ou tard raison de se cacher. Un seul précepte de morale peut tenir lieu de tous les autres, c’est celui-ci : ne fais ni ne dis jamais rien que tu ne veuilles que tout le monde voie & entende ; & pour moi, j’ai toujours regardé comme le plus estimable des hommes ce Romain qui vouloit que sa maison fût construite de maniere qu’on vît tout ce qui s’y faisait.

J’ai, continua-t-il, deux partis à vous proposer : choisissez librement celui qui vous conviendra le mieux, mais choisissez l’un ou l’autre. Alors, prenant la main de sa femme & la mienne, il me dit en la serrant : Notre amitié commence ; en voici le cher lien ; qu’elle soit indissoluble. Embrassez votre sœur & votre amie ; traitez-la toujours comme telle ; plus vous serez familier avec elle, mieux je penserai de vous. Mais vivez dans le tête-à-tête comme si j’étois présent, ou devant moi comme si je n’y étois pas : voilà tout ce que je vous demande. Si vous préférez le dernier parti, vous le pouvez sans inquiétude ; car, comme je me réserve le droit de vous avertir de tout ce qui me déplaira, tant que je ne dirai rien vous serez sûr de ne m’avoir point déplu.

Il y avoit deux heures que ce discours m’auroit fort embarrassé ; mais M. de Wolmar commençoit à prendre une si grande autorité sur moi, que j’y étois déjà presque accoutumé. Nous