Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/523

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croire anéantie ; son cœur, malgré qu’il en ait, se révolte contre sa vaine raison. Il parle d’elle, il lui parle, il soupire. Je crois déjà voir s’accomplir les vœux qu’elle a faits tant de fois & c’est à vous d’achever ce grand ouvrage. Quels motifs pour vous attirer ici l’un & l’autre ! Il est bien digne du généreux Edouard que nos malheurs ne lui aient pas fait changer de résolution.

Venez donc, chers & respectables amis, venez vous réunir à tout ce qui reste d’elle. Rassemblons tout ce qui lui fut cher. Que son esprit nous anime ; que son cœur joigne tous les nôtres ; vivons toujours sous ses yeux. J’aime à croire que du lieu qu’elle habite, du séjour de l’éternelle paix, cette ame encore aimante & sensible se plaît à revenir parmi nous, à retrouver ses amis pleins de sa mémoire, à les voir imiter ses vertus, à s’entendre honorer par eux, à les sentir embrasser sa tombe & gémir en prononçant son nom. Non, elle n’a point quitté ces lieux qu’elle nous rendit si charmans. Ils sont encore tout remplis d’elle. Je la vois sur chaque objet, je la sens à chaque pas, à chaque instant du jour j’entends les accens de sa voix. C’est ici qu’elle a vécu ; c’est ici que repose sa cendre… la moitié de sa cendre. Deux fois la semaine, en allant au Temple… j’apperçois… j’apperçois le lieu triste & respectable… Beauté, c’est donc là ton dernier asyle !… confiance, amitié, vertus, plaisirs, folâtres jeux, la terre a tout englouti… je me sens entraînée… j’approche en frissonnant… je crains de fouler cette terre sacrée… je crois la sentir palpiter & frémir sous mes pieds… j’entends murmurer une