Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/62

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Il y a mille secrets que trois amis doivent savoir & qu’ils ne peuvent se dire que deux à deux. Vous communiquez bien les mêmes choses à votre amie & à votre époux, mais non pas de la même maniere ; & si vous voulez tout confondre, il arrivera que vos lettres seront écrites plus à moi qu’à elle & que vous ne serez à votre aise ni avec l’un ni avec l’autre. C’est pour mon intérêt autant que pour le vôtre que je vous parle ainsi. Ne voyez-vous pas que vous craignez déjà la juste honte de me louer en ma présence ? Pourquoi voulez-vous nous ôter, à vous le plaisir de dire à votre amie combien votre mari vous est cher, à moi, celui de penser que dans vos plus secrets entretiens vous aimez à parler bien de lui ? Julie ! Julie ! a-t-il ajouté en me serrant la main & me regardant avec bonté, vous abaisserez-vous à des précautions si peu dignes de ce que vous êtes & n’apprendrez-vous jamais à vous estimer votre prix ?

Ma chére amie, j’aurais peine à dire comment s’y prend cet homme incomparable, mais je ne sais plus rougir de moi devant lui. Malgré que j’en aie, il m’éleve au-dessus de moi-même & je sens qu’à force de confiance il m’apprend à la mériter.