Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/63

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LETTRE VIII.


REPONSE DE MDE. D’ORBE


À MDE. DE WOLMAR.


Comment, cousine, notre voyageur est arrivé & je ne l’ai pas vu encore à mes pieds chargé des dépouilles de l’Amérique ? Ce n’est pas lui, je t’en avertis, que j’accuse de ce délai ; car je sais qu’il lui dure autant qu’à moi : mais je vois qu’il n’a pas aussi bien oublié que tu dis son ancien métier d’esclave & je me plains moins de sa négligence que de ta tyrannie. Je te trouve aussi fort bonne de vouloir qu’une prude grave & formaliste comme moi fasse les avances & que toute affaire cessante, je coure baiser un visage noir & crotu [1], qui a passé quatre fois sous le soleil & vu le pays des épices ! Mais tu me fais rire sur-tout quand tu te presses de gronder de peur que je ne gronde la premiere. Je voudrois bien savoir de quoi tu te mêles. C’est mon métier de quereller ; j’y prends plaisir, je m’en acquitte à merveille & cela me va très-bien ; mais toi, tu y est gauche on ne peut davantage & ce n’est point du tout ton fait. En revanche, si tu savois combien tu as de grâce à avoir tort, combien ton air confus & ton œil suppliant te rendent charmante, au lieu de gronder tu passerois ta vie à demander pardon, sinon par devoir, au moins par coquetterie.

  1. Marqué de petite vérole. Terme du pays.