Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/88

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femmes qui seront à leur service, afin de savoir les conduire au besoin & de ne s’en pas laisser imposer par elles. La femme de chambre n’est plus Babi : on l’a renvoyée à Etange où elle est née, on lui a remis le soin du château & une inspection sur la recette, qui la rend en quelque maniere le contrôleur de l’économe. Il y avoit long-tems que M. de Wolmar pressoit sa femme de faire cet arrangement, sans pouvoir la résoudre à éloigner d’elle une ancienne domestique de sa mere, quoiqu’elle eût plus d’un sujet de s’en plaindre. Enfin, depuis les dernieres explications, elle y a consenti & Babi est partie. Cette femme est intelligente & fidele, mais indiscrete, & babillarde. Je soupçonne qu’elle a trahi plus d’une fois les secrets de sa maîtresse, que M. de Wolmar ne l’ignore pas & que, pour prévenir la même indiscrétion vis-à-vis de quelque étranger, cet homme sage a su l’employer de maniere à profiter de ses bonnes qualités sans s’exposer aux mauvaises. Celle qui l’a remplacée est cette même Fanchon Regard dont vous m’entendiez parler autrefois avec tant de plaisir. Malgré l’augure de Julie, ses bienfaits, ceux de son pere & les vôtres, cette jeune femme si honnête & si sage n’a pas été heureuse dans son établissement. Claude Anet, qui avoit si bien supporté sa misere, n’a pu soutenir un état plus doux. En se voyant dans l’aisance, il a négligé son métier ; & s’étant tout-à-fait dérangé, il s’est enfui du pays, laissant sa femme avec un enfant qu’elle a perdu depuis ce tems-là. Julie, après l’avoir retirée chez elle, lui a appris tous les petits ouvrages d’une femme de chambre ; & je ne fus jamais plus agréablement