Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/92

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de cette indolence efféminée & casaniere, que, pour y mêler au moins quelque sorte d’activité, ils cedent chez eux la place aux étrangers & vont auprès des femmes d’autrui chercher à tempérer ce dégoût.

La maxime de Madame de Wolmar se soutient tres bien par l’exemple de sa maison ; chacun étant pour ainsi dire tout à son sexe, les femmes y vivent tres séparées des hommes. Pour prévenir entre eux des liaisons suspectes, son grand secret est d’occuper incessamment les uns & les autres ; car leurs travaux sont si différens qu’il n’y a que l’oisiveté qui les rassemble. Le matin chacun vaque à ses fonctions & il ne reste du loisir à personne pour aller troubler celles d’un autre. L’apres-dîné les hommes ont pour département le jardin, la basse-cour, ou d’autres soins de la campagne ; les femmes s’occupent dans la chambre des enfans jusqu’à l’heure de la promenade, qu’elles font avec eux, souvent même avec leur maîtresse & qui leur est agréable comme le seul moment où elles prennent l’air. Les hommes, assez exercés par le travail de la journée, n’ont guere envie de s’aller promener & se reposent en gardant la maison.

Tous les Dimanches, après le prêche du soir, les femmes se rassemblent encore dans la chambre des enfans avec quelque parente ou amie qu’elles invitent tour à tour du consentement de Madame. Là, en attendant un petit régal donné par elle, on cause, on chante, on joue au volant, aux onchets, ou à quelque autre jeu d’adresse propre à plaire aux yeux des enfans, jusqu’à ce qu’ils s’en puissent amuser eux-mêmes. La collation vient, composée de quelques laitages, de gaufres,