Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/96

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


On remédie à cet inconvénient en les retenant par les mêmes motifs qui les portoient à sortir. Qu’allaient-ils faire ailleurs ? Boire & jouer au cabaret. Ils boivent & jouent au logis. Toute la différence est que le vin ne leur coûte rien, qu’ils ne s’enivrent pas & qu’il y a des gagnans au jeu sans que jamais personne perde. Voici comment on s’y prend pour cela.

Derriere la maison est une allée couverte dans laquelle on a établi la lice des jeux. C’est là que les gens de livrée & ceux de la basse-cour se rassemblent en été, le dimanche, après le prêche, pour y jouer, en plusieurs parties liées, non de l’argent, on ne le souffre pas, ni du vin, on leur en donne, mais une mise fournie par la libéralité des maîtres. Cette mise est toujours quelque petit meuble ou quelque nippe à leur usage. Le nombre des jeux est proportionné à la valeur de la mise ; en sorte que, quand cette mise est un peu considérable, comme des boucles d’argent, un porte-col, des bas de soie, un chapeau fin, ou autre chose semblable, on emploie ordinairement plusieurs séances à la disputer. On ne s’en tient point à une seule espece de jeu ; on les varie, afin que le plus habile dans un n’emporte pas toutes les mises & pour les rendre tous plus adroits & plus forts par des exercices multipliés. Tantôt c’est à qui enlevera à la course un but placé à l’autre bout de l’avenue ; tantôt à qui lancera le plus loin la même pierre ; tantôt à qui portera le plus long-tems le même fardeau ; tantôt on dispute un prix en tirant au blanc. On joint à la plupart de ces jeux un petit appareil qui les prolonge & les rend amusants. Le maître & la maîtresse les honorent souvent de leur