Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/123

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cœur d’un homme de bien. Oui, je ne crains point de le dire ; s’il existoit en Europe un seul gouvernement vraiment éclairé, un gouvernement dont les vues fussent vraiment utiles & saines, il eût rendu des honneurs publics à l’Auteur d’Emile, il lui eût élevé des statues. Je connoissois trop les hommes pour attendre d’eux de la reconnoissance ;je ne les connoissois pas assez, je l’avoue, pour en attendre ce qu’ils ont fait.

Après avoir prouvé que vous avez mal raisonné dans vos censures, il me reste à prouver que vous m’avez calomnié dans vos injures : mais puisque vous ne m’injuriez qu’en vertu des torts que vous m’imputez dans mon Livre, montrer que mes prétendus torts ne sont que les vôtres, n’est-ce pas dire assez que les injures qui les suivent ne doivent pas être pour moi. Vous chargez mon ouvrage des épithetes les plus odieuses ; & moi je suis un homme abominable, un téméraire, un impie, un imposteur. Charité Chrétienne, que vous avez un étrange langage dans la bouche des Ministres de Jésus-Christ !

Mais vous qui m’osez reprocher des blasphêmes, que faites-vous quand vous prenez les Apôtres pour complices des propos offensants qu’il vous plaît de tenir sur mon compte ? À vous entendre, on croiroit que Saint Paul m’a fait l’honneur de songer à moi, & de prédire ma venue comme celle de l’Antechrist. Et comment l’a-t-il prédite, je vous prie ? Le voici. C’est le début de votre Mandement.

Saint Paul a prédit, mes très-chers Freres, qu’il viendroit des jours périlleux où il y auroit des gens amateurs d’eux-mêmes, fiers, superbes, blasphémateurs, impies,