Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/148

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Toute la différence qu’il y aura d’eux aux autres Chrétiens est que ceux-ci sont des gens qui disputent beaucoup sur l’Evangile sans se soucier de le pratiquer, au-lieu que nos gens s’attacheront beaucoup à la pratique, & ne disputeront point.

Quand les Chrétiens disputeurs viendront leur dire : Vous vous dites Chrétiens sans l’être ; car pour être Chrétiens, il faut croire en Jésus-Christ, & vous n’y croyez point ; les Chrétiens paisibles leur répondront : "Nous ne savons pas bien si nous croyons en Jésus-Christ dans votre idée, parce que nous ne l’entendons pas ; mais nous tâchons d’observer ce qu’il nous prescrit. Nous sommes Chrétiens chacun à notre manière ; nous, en gardant sa parole, & vous, en croyant en lui. Sa charité veut que nous soyons tous freres, nous la suivons en vous admettant pour tels ; pour l’amour de lui, ne nous ôtez pas un titre que nous honorons de toutes nos forces, & qui nous est aussi cher qu’à vous. "

Les Chrétiens disputeurs insisteront sans doute. En vous renommant de Jésus, il faudroit nous dire à quel titre. Vous gardez, dites-vous sa parole ; mais quelle autorité lui donnez-vous ? Reconnoissez-vous la Révélation, ne la reconnoissez-vous pas ? Admettez-vous l’Evangile en entier, ne l’admettez-vous qu’en partie ? Sur quoi fondez-vous ces distinctions ? Plaisans Chrétiens, qui marchandent avec le Maître, qui choisissent dans sa doctrine ce qu’il leur plaît d’admettre & de rejetter !

À cela les autres diront paisiblement : "Mes freres,