Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/149

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nous ne marchandons point ; car notre foi n’est pas un commerce. Vous supposez qu’il dépend de nous d’admettre ou de rejetter comme il nous plaît ; mais cela n’est pas, & notre raison n’obéit point à notre volonté. Nous aurions beau vouloir que ce qui nous paroît faux nous parût vrai, il nous paroîtroit faux malgré nous. Tout ce qui dépend de nous est de parler selon notre pensée on contre notre pensée, & notre seul crime est de ne vouloir pas vous tromper. "

"Nous reconnoissons l’autorité de Jésus-Christ, parce que notre intelligence acquiesce à ses préceptes & nous en découvre la sublimité. Elle nous dit qu’il convient aux hommes de suivre ces préceptes, mais qu’il étoit au-dessus d’eux de les trouver. Nous admettons la Révélation comme émanée de l’Esprit de Dieu, sans en savoir la manière, & sans nous tourmenter pour la découvrir : pourvu que nous sachions que Dieu a parle, peu nous importe d’expliquer comment il s’y est pris pour se faire entendre. Ainsi reconnoissant dans l’Evangile l’autorité divine, nous croyons Jésus-Christ revêtu de cette autorité ; nous reconnoissons une vertu plus qu’humaine dans sa conduite, & une sagesse plus qu’humaine dans ses leçons. Voilà ce qui est bien décidé pour nous. Comment cela s’est-il fait ? Voilà ce qui ne l’est pas ; cela nous passe. Cela ne vous passe pas, vous ; à la bonne heure ; nous vous en félicitons de tout notre cœur. Votre raison peut être supérieure à la nôtre ; mais ce n’est pas à dire qu’elle doive vous servir de Loi. Nous consentons que vous sachiez tout ; souffrez que nous ignorions quelque chose."