Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/168

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bien d’autres, plus savans que moi sur tout autre point, & non moins ignorans sur celui-là.

Quand les Réformateurs se détachèrent de l’Eglise Romaine, ils l’accuserent d’erreur ; &, pour corriger cette erreur dans sa source, ils donnèrent à l’Ecriture un autre sens que celui que l’Eglise lui donnoit. On leur demanda de quelle autorité ils s’écartoient ainsi de la Doctrine reçue ; ils dirent que s’étoit de leur autorité propre, de celle de leur raison. Ils dirent que le sens de la Bible étant intelligible & clair à tous les hommes en ce qui étoit du salut, chacun étoit juge compétent de la Doctrine, & pouvoit interpréter la Bible, qui en est la règle, selon son esprit particulier ; que tous s’accorderoient ainsi sur les choses essentielles ; & que celles sur lesquelles ils ne pourroient s’accorder, ne j’étoient point.

Voilà donc l’esprit particulier établi pour unique interprète de l’Ecriture ; Voilà l’autorité de l’Eglise rejettée ; Voilà chacun mis pour la Doctrine sous sa propre juridiction. Tels sont les deux points fondamentaux de la Réforme : reconnoître la Bible pour regle de sa croyance, & n’admettre d’autre interprete du sens de la Bible que soi. Ces deux points combinés forment le principe sur lequel les Chrétiens Réformés se sont séparés de l’Eglise Romaine, & ils ne pouvoient moins faire sans tomber en contradiction ; car quelle autorité interprétative auroient-ils pu se réserver, après avoir rejeté celle du corps de l’Eglise ?

Mais, dira-t-on, comment, sur un tel principe, les Réformés ont-ils pu se réunir ? Comment, voulant avoir chacun leur façon de penser, ont-ils fait corps contre l’Eglise Catholique ?