Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/180

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toutes les Religions, & à vivre en paix chacun dans la sienne. Je pense que solliciter quelqu’un de quitter celle où il est né, c’est le solliciter de mal faire, & par conséquent faire mal soi-même. En attendant de plus grandes lumieres, gardons l’ordre public, dans tout Pays respectons les Loix, ne troublons point le culte qu’elles prescrivent, ne portons point les Citoyens à la désobéissance : car nous ne savons point certainement si c’est un bien pour eux de quitter leurs opinions pour d’autres, & nous savons très-certainement que c’est un mal de désobéir aux Loix. "

Voilà, Monsieur, comment parle un Prêtre Catholique dans un Ecrit où l’on m’accuse d’avoir attaqué le culte des Réformes, & où il n’en est pas dit autre chose. Ce qu’on auroit pu me reprocher peut-être étoit une partialité outrée en leur faveur, & un défaut de convenance en faisant parler un Prêtre Catholique comme jamais Prêtre Catholique n’a parlé. Ainsi j’ai fait en toute chose précisément le contraire de ce qu’on m’accuse d’avoir fait. On diroit que vos Magistrats se sont conduits par gageure : quand ils auroient parié de juger contre l’évidence, ils n’auroient pu mieux réussir.

Mais ce Livre contient des objections, de difficultés, des doutes ! Eh ! pourquoi non, je vous prie ? Où est le crime à un Protestant de proposer ses doutes sur ce qu’il trouve douteux, & ses objections sur ce qu’il en trouve susceptible ? Si ce qui vous paroît clair me paroît obscur, si ce que vous jugez démontré ne me semble pas l’être, de quel droit prétendez-vous