Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/186

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disputer le droit de prouver, ils les auroient embarrassés, ce me semble.

"Premierement, leur auroient-ils dit, votre maniere de raisonner n’est qu’une pétition de principe ; car si la force de vos preuves est le signe de votre mission ; il s’ensuit pour ceux qu’elles ne convainquent pas, que votre mission est fausse, & qu’ainsi nous pouvons légitimement tous tant que nous sommes, vous punir comme hérétiques comme faux Apôtres, comme perturbateurs de l’Eglise & du Genre-humain."

"Vous ne prêchez pas, dites-vous, des doctrines nouvelles : & que faites-vous donc en nous prêchant vos nouvelles explications ? Donner un nouveau sens aux paroles de l’Ecriture, n’est-ce pas établir une nouvelle doctrine ? N’est-ce pas faire parler Dieu tout autrement qu’il n’a fait ? Ce ne sont pas les sons, mais les sens des mots, qui sont révélés : changer ces sens reconnus & fixés par l’Eglise, c’est changer la Révélation."

"Voyez, de plus, combien vous êtes injustes ! Vous convenez qu’il faut des miracles pour autoriser une mission divine ; & cependant vous, simples Particuliers, de votre propre aveu, vous venez nous parier avec empire & comme les Envoyés de Dieu. *

[* Farel déclara, en propres termes, à Geneve, devant le Conseil Episcopal, qu’il étoit envoyé de Dieu ; ce qui fit dire à l’un des membres du Conseil ces paroles de Caiphe : Il a blasphémé : qu’est-il besoin d’autre témoignage ? Il mérité la mort. Dans la doctrine des miracles, il en faloît un pour répondre à cela. Cependant Jésus n’en fit point en cette occasion, ni Farel non plus. Froment déclara de même an Magistrat, qui lui défendoit de prêcher, qu’il valoit mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, & continua de prêcher malgré la défense ; conduite qui certainement ne pouvoit s’autoriser que par un ordre exprès de Dieu] Vous réclamez l’autorité d’interpréter