Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/305

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J’ai donc pris votre Constitution, que je trouvois belle, pour modèle des institutions politiques ; & vous proposant en exemple à l’Europe, loin de chercher à vous détruire, j’exposois les moyens de vous conserver. Cette Constitution, toute bonne qu’elle est, n’est pas sans défaut ; on pouvoit prévenir les altérations qu’elle a souffertes, la garantir du danger qu’elle court aujourd’hui. J’ai prévu ce danger, je l’ai fait entendre, j’indiquois des préservatifs : étoit-ce la vouloir détruire, que de montrer ce qu’il faloit faire pour la maintenir ? C’étoit par mon attachement pour elle, que j’aurois voulu que rien ne pût l’altérer. Voilà tout mon crime : il avois tort, peut-être ; mais si l’amour de la Patrie m’aveugla sur cet article, étoit-ce à elle de m’en punir ?

Comment pouvois-je tendre à renverser tous les Gouvernemens, en posant en principes tous ceux du vôtre ? Le fait seul détruit l’accusation. Puisqu’il y avoit un Gouvernement existant sur mon modèle, je ne tendois donc pas à détruire tous ceux qui existoient. Eh ! Monsieur, si je n’avois fait qu’un systême, vous êtes bien sûr qu’on vous êtes bien sûr qu’on n’auroit rien dit. On se fût contenté de reléguer le Contrat Social avec la République de Platon, l’Utopie & les Sévarambes dans le pays des chimères. Mais je peignois un objet existant, & l’on vouloit que cet objet changeât de face. Mon Livre portoit témoignage contre l’attentat qu’on alloit faire. Voilà ce qu’on ne m’a pas pardonné.

Mais voici qui vous paroîtra bizarre. Mon Livre attaque tous les Gouvernemens, & il n’est proscrit dans aucun ! Il en établit un seul, il le propose en exemple, & c’est dans celui-là