Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/36

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Gouvernements équitables & pour vous donner de bonnes loix. Je vais premiérement vous prouver que ce sont vos Gouvernements mêmes qui font les maux auxquels vous prétendez remédier par eux. Je vous prouverai, de plus, qu’il est impossible que vous ayez jamais ni de bonnes loix ni des Gouvernements équitables ; & je vais vous montrer ensuite le vrai moyen de prévenir, sans gouvernements & sans loix, tous ces maux dont vous vous plaignez."

Supposons qu’il expliquât après cela son systême & proposât son moyen prétendu. Je n’examine point si ce systême seroit solide & ce moyen praticable. S’il ne l’étoit pas, peut-être se contenteroit-on d’enfermer l’Auteur avec les foux, & l’on lui rendroit justice : mais si malheureusement il l’étoit, ce seroit bien pis, & vous concevez, Monseigneur, ou d’autres concevront pour vous, qu’il n’y auroit pas assez de buchers & de roues pour punir l’infortuné d’avoir eu raison. Ce n’est pas de cela qu’ils’agit ici.

Quel que fût le sort de cet homme, il est sûr qu’un déluge d’écrits viendroit fondre sur le sien. Il n’y auroit pas un Grimaud qui, pour faire sa Cour aux Puissances, & tout fier d’imprimer avec privilege du Roi, ne vînt lancer sur lui sa brochure & ses injures, & ne se vantât d’avoir réduit au silence celui qui n’auroit pas daigné répondre, ou qu’on auroit empêché de parler. Mais ce n’est pas encore de cela qu’il s’agit.

Supposons, enfin, qu’un homme grave, & qui auroit son intérêt à la chose, crût devoir aussi faire comme les autres, & parmi beaucoup de déclamations & d’injures s’avisât