Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/73

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c’est un engagement que j’ai dû remplir selon mon talent, & que sûrement un autre ne remplira pas à ma place, puisque chacun se devant à tous, nul ne peut payer pour autrui. La divine vérité, dit Augustin, n’est ni à moi ni à vous ni à lui, mais à nous tous qu’elle appelle avec force à la publier de concert, sous peine d’être inutiles à nous-mêmes si nous ne la communiquons aux autres : car quiconque s’approprie à lui-seul un bien dont Dieu veut que tous jouissent, perd par cette usurpation ce qu’il dérobe au public, & ne trouve qu’erreur en lui-même, pour avoir trahi la vérité. *

[* Aug. confes. L. XII. c. 25.]


Les hommes ne doivent point être instruits à demi. S’ils doivent rester dans l’erreur, que ne les laissiez-vous dans l’ignorance ? À quoi bon tant d’Ecoles & d’Universités pour ne leur apprendre rien de ce qui leur importe à savoir ? Quel est donc l’objet de vos Colleges, de vos Académies, de tant de fondations savantes ? Est-ce de donner le change au Peuple, d’altérer sa raison d’avance, & de l’empêcher d’aller au vrai ? Professeurs de mensonge, c’est pour l’abuser que vous feignez de l’instruire, &, comme ces brigands qui mettent des fanaux sur des écueils, vous l’éclairez pour le perdre.

Voilà ce que je pensois en prenant la plume, & en la quittant je n’ai pas lieu de changer de sentiment. J’ai toujours vu que l’instruction publique avoit deux défauts essentiels qu’il étoit impossible d’en ôter. L’un est la mauvaise foi de ceux qui la donnent, & l’autre l’aveuglement de ceux qui la reçoivent. Si des hommes sans passions instruisoient des