Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/103

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ont-ils appris quelque chose qu’ils croient tout savoir, & il n’y a forte de sottise que cette persuasion ne leur fasse dire & faire. Plus il a de connoissances acquises, plus il a de facilite à bien faire. On voit qu’en parlant ainsi l’Auteur a bien plus consulte son cœur qu’il n’a observe les hommes.

Il avance encore, qu’il est bon de connoître le mal pour apprendre à le fuir ; & il fait qu’on ne peut s’assurer de sa vertu qu’après l’avoir mise à l’épreuve. Ces maximes sont au moins douteuses & sujettes à bien des discussions. Il n’est pas certain que pour apprendre à bien faire, on soit oblige de savoir en combien de manieres on peut faire le mal. Nous avons un guide intérieur, bien plus infaillible que tous les livres, & qui ne nous abandonne jamais dans le besoin. C’en seroit assez pour nous conduire innocemment, si nous voulions l’écouter toujours ; & comment seroit-on oblige d’éprouver ses forces pour s’assurer de sa vertu, si c’est un des exercices de la vertu de fuir les occasions du vice ?

L’homme sage est continuellement fur ses gardes, & se défie toujours de ses propres forces : il réserve tout son courage pour le besoin, & ne s’expose jamais mal-à-propos. Le fanfaron est celui qui se vante sans cesse de plus qu’il ne peut faire, & qui, après avoir brave & insulte tout le monde, se laisse battre à la premiere rencontre. Je demande lequel de ces deux portraits ressemble le mieux à un Philosophe aux prises avec ses passions.

On me reproche d’avoir affecte de prendre chez les Anciens mes exemples de vertu. Il y a bien de l’apparence que j’en aurois trouve encore davantage, si j’avois pu remonter plus