Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/159

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plus celui qui soutient que toutes nos sciences ne sont qu’abus & tous nos Savans que de vrais Sophistes ? Socrate étoit chef d’une secte qui enseignoit à douter. Je rabattrois bien de ma vénération pour Socrate, si je croyois qu’il eut eu la sorte vanité de vouloir être chef de secte. Et il censuroit avec justice l’orgueil de ceux qui prétendoient tout savoir. C’est- à -dire l’orgueil de tous les Savans. La vraie science est bien éloignée de cette affections. Il est vrai : mais c’est de la notre que reparle. Socrate est ici témoin contre lui-même. Ceci me paroit difficile à entendre. Le plus savant des Grecs ne rougissoit point de son ignorance. Le plus savant des Grecs ne savoit rien, de son propre aveu ; tirez la conclusion pour les autres. Les Sciences n’ont donc pas leurs sources dans nos vices. Nos Sciences ont donc leurs sources dans nos vices. Elles ne sont donc pas toutes nées de l’orgueil humain. J’ai déjà dit mon sentiment là-dessus. Déclamation vaine, qui ne peut faire illusion qu’a des esprits prévenus. Je ne sais point répondre à cela.

En parlant des bornes du luxe, on prétend qu’il ne faut pas raisonner sur cette matiere du passe au présent. Lorsque le hommes marchoient tout nuds, celui qui s’avisa le premier de porter des sabots, passa pour un voluptueux ; de siecle en siecle, on n’a cesse de crier à la corruption, sans comprendre ce qu’on vouloit dire.

II est vrai que jusqu’ à ce tems, le luxe, quoique souvent en regne, avoit du moins été regarde dans tous les âges comme la source funeste d’une infinité de maux. Il etoit réservé à M. Melon de publier le premier cette doctrine empoisonnée, dont