Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/213

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LE PERSIFLEUR*

[* Ce morceau devoit être la premiere feuille d’un écrit périodique projette, dit l’Auteur, pour être fait alternativement entre M.D... & lui : l’Auteur en esquissa la premiere feuille, & pur des événemens imprévus le projet en demeura-là.]

Des qu’on m’a appris que les Ecrivains qui s’étoient chargés d’examiner les ouvrages nouveaux, avoient, par divers accidens, successivement résigné leurs emplois, je me suis mis en tête que je pourrois fort bien les remplacer ; &, comme je n’ai pas la mauvaise vanité de vouloir être modeste avec le Public, j’avoue franchement que je m’en suis trouvé très-capable ; je soutiens même qu’on ne doit jamais parler autrement de foi que quand on est bien sur de n’en pas être la dupe. Si j’étois un Auteur contra, j’affecterois peut-être de débiter des contre-vérités à mon désavantage pour tacher à leur faveur, d’amener adroitement dans la même classe les défauts que je serois contraint d’avouer : mais actuellement le stratagême seroit trop dangereux, le Lecteur ; par provision, me joueroit infailliblement le tour de tout prendre au pied de la lettre : or, je le demande à mes chers confreres, est-ce là le compte d’un Auteur qui parle mal de soi ?

Je sens bien qu’il ne suffit pas tout-à-fait que je sois convaincu de ma grande capacité, & qu’il seroit assez nécessaire que le Public fût de moitié dans cette conviction : mais il maoÏste aisé de montrer que cette réflexion, même prise comme il faut, tourne presque toute à mon profit. Car remarquez,