Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/38

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détermine : c’eſt qu’après avoir ſoutenu, ſelon ma lumiere naturelle, le parti de la vérité, quel que ſoit mon succès, il eſt un prix qui ne peut me manquer : Je le trouverai dans le fond de mon cœur.


Première Partie.


C’est un grand & beau ſpectacle de voir l’homme ſortir en quelque manière du néant par ſes propres efforts ; diſſiper, par les lumières de ſa raison, les ténèbres dans leſquelles la nature l’avoit enveloppé ; s’élever au-deſſus de lui-même ; s’élancer par l’eſprit juſque dans les régions céleſtes ; parcourir à pas de Géant ainſi que le Soleil, la vaſte étendue de l’Univers ; &, ce qui eſt encore plus grand & plus difficile, rentrer en ſoi pour y étudier l’homme & connoître ſa nature, ſes devoirs & ſa fin. Toutes ces merveilles ſe ſont renouvelées depuis peu de Générations.

L’Europe étoit retombée dans la barbarie des premiers âges. Les peuples de cette partie du monde aujourd’hui ſi éclairée vivoient, il y a quelques ſiècles, dans un état pire que l’ignorance. Je ne sais quel jargon ſcientifique, encore plus mépriſable que l’ignorance, avoit uſurpé le nom du ſavoir, & oppoſoit à ſon retour un obſtacle preſque invincible. Il faloit une révolution pour ramener les hommes au ſens commun ; elle vint enfin du côté d’où on l’auroit le moins attendue. Ce fut le ſtupide Musulman, ce fut l’éternel fléau des Lettres qui les fit renaître parmi nous. La chute du Trône de Conſtantin porta dans l’Italie les débris de l’ancienne Grece. La France s’enrichit à ſon tour de ces précieuſes dépouilles. Bientôt