Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/136

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545 Cet aveu me confond, et je ne puis douter

Combien, en le faisant, il a dû vous coûter.


ISABELLE.

Votre discrétion, vos feux, votre constance,

Ne méritaient pas moins que cette récompense ;

C'est au plus tendre amour, à l'amour éprouvé, 550 Qu'il faut rendre l'espoir dont je l'avais privé.

Plus vous auriez d'ardeur, plus, craignant ma colère,

Vous vous attacheriez à ne pas me déplaire ;

Et mon exemple seul a pu vous dispenser

De me cacher un feu qui devait m'offenser. 555 Mais quand à vos regards toute ma flamme éclate,

Sur vos vrais sentiments peut-être je me flatte,

Et je ne les vois point ici se déclarer

Tels qu'après cet aveu j'aurais pu l'espérer.


DORANTE.

Madame, pardonnez au trouble qui me gêne, 560 Mon bonheur est trop grand pour le croire sans peine.

Quand je songe quel prix vous m'avez destiné,

De vos rares bontés je me sens étonné.

Mais moins à ces bontés j'avais droit de prétendre,

Plus au retour trop dû vous devez vous attendre. 565 Croyez, sous ces dehors de la tranquillité,

Que le fond de mon coeur n'est pas moins agité.


ISABELLE.

Non, je ne trouve point que votre air soit tranquille ;