Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/137

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Mais il semble annoncer plus de torrents de bile

Que de transports d'amour : je ne crois pas pourtant 570 Que mon discours, pour vous, ait eu rien d'insultant,

Et sans trop me flatter, d'autres à votre place

L'auraient pu recevoir d'un peu meilleure grâce.


DORANTE.

À d'autres, en effet, il eût convenu mieux.

Avec autant de goût on a de meilleurs yeux, 575 Et je ne trouve point, sans doute, en mon mérite,

De quoi justifier ici votre conduite :

Mais je vois qu'avec moi vous voulez plaisanter ;

C'est à moi de savoir, madame, m'y prêter.


ISABELLE.

Dorante, c'est pousser bien loin la modestie : 580 Ceci n'a point trop l'air d'une plaisanterie :

Il nous en coûte assez en déclarant nos feux,

Pour ne pas faire un jeu de semblables aveux.

Mais je crois pénétrer le secret de votre âme ;

Vous craignez que, cherchant à tromper votre flamme, 585 Je ne veuille abuser du défi de tantôt

Pour tâcher aujourd'hui de vous prendre en défaut.

Je ne vous cache point qu'il me paraît étrange

Qu'avec autant d'esprit on prenne ainsi le change :

Pensez-vous que des feux qu'allument nos attraits 590 Nous redoutions si fort les transports indiscrets,

Et qu'un amour ardent jusqu'à l'extravagance

Ne nous flatte pas mieux qu'un excès de prudence ?