Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/245

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PYGMALION,

SCENE LYRIQUE.


Le théâtre représente un atelier de Sculpteur. Sur les côtés on voit des blocs de marbre, des groupes, des statues ébauchées. Dans le fond est une autre statue cachée, sous un pavillon, d’une étoffe légere & brillante, orné de crépines & de guirlandes.

Pygmalion assis & accoudé, rêve dans l’attitude d’un homme inquiet & triste ; puis se levant tout-à-coup, il prend sur une table les outils de son art, va donner par intervalles quelques coups de ciseau sur quelques-unes de ses ébauches, se recule & regarde d’un air mécontent & découragé.


Pygmalion.

Il n’y a point-là d’ame ni de vie ; ce n’est que de la pierre. Je ne ferai jamais rien de tout cela.

Ô mon génie, où es-tu ? Mon talent qu’es-tu devenu ? Tout mon feu s’est éteint, mon imagination s’est glacée ; le marbre sort froid de mes mains.

Pygmalion, ne fais plus des Dieux : tu n’es qu’un vulgaire Artiste… Vils instrumens qui n’êtes plus ceux de ma gloire, allez, ne déshonorez point mes mains.

Il jette avec dédain ses outils, puis se promene quelque tems en rêvant, les bras croisés.