Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/251

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nûtes les passions des hommes, ah, vous avez tant fait de prodiges pour de moindres causes ! voyez cet objet, voyez mon cœur, soyez justes & méritez vos autels !

Avec un enthousiasme plus pathétique.

Et toi, sublime essence qui te cache aux sens, & te fais sentir aux cœurs, ame de l’univers, principe de toute existence ; toi qui par l’amour donnes l’harmonie aux élémens, la vie à la matiere, le sentiment aux corps, & la forme à tous les êtres ; feu sacré, céleste Venus, par qui tout se conserve & se reproduit sans cesse ; ah ! où est ton équilibre ? où est ta force expansive ? où est la loi de la nature dans le sentiment que j’éprouve ? où est ta chaleur vivifiante dans l’inanité de mes vains desirs ? Tous tes feux sont concentrés dans mon cœur & le froid de la mort reste sur ce marbre ; je péris par l’excès de vie qui lui manque. Hélas ! je n’attends point un prodige ; il existe, il doit cesser ; l’ordre est troublé, la nature est outragée ; rends leur empire à ses loix, rétablis son cours bienfaisant & verse également ta divine influence. Oui, deux êtres manquent à la plénitude des choses, partage leur cette ardeur dévorante qui consume l’un sans animer l’autre : c’est toi qui formas par ma main ces charmes & ces traits qui n’attendent que le sentiment & la vie ; donne-lui la moitié de la mienne, donne-lui tout, s’il le faut, il me suffira de vivre en elle. Ô toi ! qui daignes sourire aux hommages des mortels, ce qui ne sent rien, ne t’honore pas ; étends ta gloire avec tes œuvres ! Déesse de la beauté, épargne cet affront à la nature ; qu’un si parfait modele soit l’image de ce qui n’est pas !