Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/252

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Il revient à lui par degrés avec un mouvement d’assurance & de joie.

Je reprends mes sens. Quel calme inattendu ! quel courage inespéré me ranime ! Une fievre mortelle embrâsoit mon sang : un baume de confiance & d’espoir court dans mes veine ; je crois me sentir renaître.

Ainsi le sentiment de notre dépendance sert quelquefois à notre consolation. Quelque malheureux que soient les mortels, quand ils ont invoqué les Dieux, ils sont plus tranquilles….

Mais cette injuste confiance trompe ceux qui font des vœux insensés… Hélas ! en l’état où je suis on invoque tout, & rien ne nous écoute ; l’espoir qui nous abuse est plus insensé que le desir.

Honteux de tant d’égaremens je n’ose plus même en contempler la cause. Quand je veux lever les yeux sur cet objet fatal, je sens un nouveau trouble, une palpitation me suffoque, une secrete frayeur m’arrête…

Ironie amere.

… Eh ! regarde, malheureux ; deviens intrépide ; ose fixer une statue.

Il la voit s’animer, & se détourne saisi d’effroi & le cœur serré de douleur.

Qu’ai-je vu ? Dieux ! qu’ai-je cru voir ? Le coloris des chairs, un feu dans les yeux, des mouvemens même… ce n’étoit pas assez d’espérer le prodige ; pour comble de misere, enfin, je ai vu…

Excès d’accablement.

Infortuné, ç’en est donc fait… ton délire est à son dernier