Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/266

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Fuyez, de mon ame tranquille,
Vains & tumultueux projets ;
Vous pouvez promettre sans cesse
Et le bonheur & la sagesse,
Mais vous ne les donnez jamais.
Quoi ! l’homme ne pourra - t - il vivre,
A moins que son cœur ne se livre
Aux soins d’un douteux avenir ?
Et si le tems coule si vite,
Au lieu de retarder sa fuite,
Faut - il encor la prévenir ?
Oh ! qu’avec moins de prévoyance,
La vertu, la simple innocence,
Font des heureux à peu de frais !
Si peu de bien suffit au sage,
Qu’avec le plus léger partage,
Tous ses de desirs sont satisfaits.
Tant de soins, tant de prévoyance,
Sont moins des fruits de la prudence
Que des fruits de l’ambition.
L’homme, content du nécessaire,
Craint peu la fortune contraire,
Quand son cœur est sans passion.
Passions, sources de délices,
passions, sources de supplices ;
Cruels tyrans, doux séducteurs,
Sans vos fureurs impétueuses,
Sans vos amorces dangereuses,