Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/44

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Marton.

En bien, ou est le mal ? Puisque les femmes aujourd’hui cherchent à se rapprocher des hommes, n’est-il pas convenable que ceux-ci fassent la moitié du chemin, & qu’ils tachent de gagner en agrémens autant qu’elles en solidité ? Grace à la mode, tout s’en mettra plus aisément de niveau.

Lucinde.

Je ne puis me faire à des modes aussi ridicules. Peut-être notre sexe aura-t-il le bonheur de n’en plaire pas moins, quoiqu’il devienne plus estimable. Mais pour les hommes, je plains leur aveuglement. Que prétend cette jeunesse étourdie en usurpant tous nos droits ? Esperent-ils de mieux plaire aux femmes en s’efforçant de leur ressembler ?

Marton.

Pour celui-là, ils auroient tort, & les femmes se haissent trop mutuellement pour aimer ce qui leur ressemble. Mais revenons au portrait. Ne craignez-vous point que cette petite raillerie ne fâche Monsieur le Chevalier ?

Lucinde.

Non, Marton ; mon frere est naturellement bon, il est même raisonnable, à son défaut près. Il sentira qu’en lui faisant par ce portrait un reproche muet & badin, je ne songe qu’a le guérir d’un travers qui choque jusqu’a cette tendre Angelique, cette aimable pupille de mon pere que Valere épouse aujourd’hui. C’est lui rendre service que de corrige les défauts de son amant, & tu fais combien j’ai besoin des soins de cette