Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/45

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chere amie pour me délivrer de Léandre son frere que mon pere veut aussi me faire épouser.

Marton.

Si bien que ce jeune inconnu, ce Cléonte que vous vîtes l’été dernier à Passy, vous tient toujours fort au cour ?

Lucinde.

Je ne m’en défends point ; je compte même sur la parole qu’il m’a donne de reparoître bientôt, & sur la promesse que m’a faite Angelique d’engager son frere à renoncer à moi.

Marton.

Bon, renoncer ! Songez que vos yeux auront plus de force pour ferrer cet engagement, qu’Angelique n’en sauroit avoir pour le rompre.

Lucinde.

Sans disputer sur tes flatteries, je te dirai que comme Léandre ne m’a jamais vue, il sera aise à sa sœur de le prévenir, & de lui faire entendre que ne pouvant être heureux avec une femme dont le cœur est engage ailleurs, il ne sauroit mieux faire que de s’en dégager par un refus honnête.

Marton.

Un refus honnête ! Ah ! Mademoiselle, refuser une femme faite comme vous avec quarante mille écus, c’est une honnêteté dont jamais Léandre ne sera capable. à part. Si elle savoit que Léandre & Cléonte ne sont que la même personne, un tel refus changeroit bien d’épithète.