Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/456

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dénouer la langue, rien qui pût arracher assez fréquemment les accens des passions ardentes pour les tourner en institutions : & l’on en peut dire autant des besoins rares & peu pressans qui pouvoient porter quelques hommes à concourir à des travaux communs ; l’un commençoit le bassin de la fontaine, & l’autre l’achevoit ensuite, souvent sans avoir eu besoin du moindre accord, & quelquefois même sans s’être vus. En un mot, dans les climats doux, dans les terrains fertiles, il fallut toute la vivacité des passions agréables pour commencer à faire parler les habitans : les premieres langues, filles du plaisir & non du besoin, porterent long-tems l’enseigne de leur père ; leur accent séducteur ne s’effaça qu’avec les sentimens qui les avoient fait naître, lorsque de nouveaux besoins, introduits parmi les hommes, forcerent chacun de ne songer qu’à lui-même & de retirer son cœur au-dedans de lui.


qu’elle forme entre les familles n’en voient pas le côté le plus important. Dans la familiarité que le commerce domestique établit nécessairement entre les deux sexes, du moment qu’une si sainte loi cesserait de parler au cœur et d’en imposer aux sens, il n’y aurait plus d’honnêteté parmi les hommes, et les plus effroyables mœurs causeroient bientôt la destruction du genre humain.