Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/501

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sorte qu’il ne seroit pas possible dans un concert, de se passer de quelqu’un qui la marquât à tous, selon la fantaisie ou la commodité d’un seul.

C’est ainsi que les Acteurs contracteroient tellement l’habitude de s’asservir la mesure, qu’on les entendroit même l’altérer à dessein dans les morceaux ou le Compositeur seroit venu à bout de la rendre sensible. Marquer la mesure seroit ne faute contre la composition, & la suivre en seroit une contre le goût du chant ; les défauts passeroient pour des beautés, & les beautés pour &s défauts ; les vices seroient établis en regles, & pour faire de la Musique au goût de la Nation, il ne faudroit que s’attacher avec soin à ce qui déplaît à tous les autres.

Aussi avec quelque art qu’on cherchât a couvrir les défauts d’une pareille Musique, il seroit impossible qu’elle plut jamais à d’autres oreilles qu’à celles des naturels du pays ou elle seroit en usage : a force de essuyer des reproches sur leur mauvais goût, à force d’entendre dans une langue plus favorable de la véritable Musique, ils chercheroient à en rapprocher la leur, & ne seroient que lui ôter son caractere & la convenance qu’elle avoit avec la langue pour laquelle elle avoit été faite. S’ils vouloient dénaturer leur chant, ils le rendroient dur, baroque & presque inchantable ; s’ils se contentoient de l’orner par d’autres accompagnemens que ceux qui lui sont propres, ils ne seroient que marquer mieux sa platitude par un contraste inévitable ; ils ôteroient à leur Musique la seule beauté dont elle etoit susceptible, en ôtant à toutes ses parties l’uniformité de caractere qui la faisoit