Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/503

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feroit qu’un très-désagréable. Comme l’exécution seroit toujours lâche, & que les Symphonistes aimeroient mieux jouer proprement que d’aller en mesure, ils ne seroient jamais ensemble : ils ne pourroient venir à bout de tirer un son net & juste, ni de rien exécuter dans son caractere, & les Etrangers seroient tout surpris qu’à quelques-uns près, un Orchestre vante comme le premier du monde, seroit à peine digne des tréteaux d’une guinguette.*

[*Comme on m’a assure qu’il y avoit parmi les Symphonistes de l’Opéra, non-seulement de très bons violons, ce que je confesse qu’ils sont presque tous pris séparément, mais véritablement honnêtes-gens qui ne se prêtent point aux cabales de leurs confrères pour mal servir le Public ; je me hâte d’ajouter ici cette distinction, pour réparer, autant qu’il est en moi, le tort que je puis avoir vis-à-vis de ceux qui la méritent.] Il devroit naturellement arriver que de tels Musiciens prissent en haine la Musique qui auroit mis leur honte en évidence, & bientôt joignant la mauvaise volonté au mauvais goût, ils mettroient encore du dessein prémédité dans la ridicule exécution, dont ils auroient bien pu se fier à leur mal-adresse.

D’après une autre supposition contraire à celle que je viens de faire, je pourrois déduire aisément toutes les qualités une véritable Musique, faite pour émouvoir, pour imiter, pour plaire, & pour porter au cœur les plus douces impressions de l’harmonie & du chant ; mais comme ceci nous encarterait trop de notre sujet & sur-tout des idées qui nous sont connues, j’aime mieux me borner a quelques observations sur la Musique Italienne, qui puissent nous aider à mieux juger la notre.