Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/558

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& de faire un bruit de Diable avec leurs cordes a vuides, précieusement dans les endroits les plus doux. Par ce moyen nous gâterons la plus belle Musique sans qu’on ait rien a nous dire ; car encore faut-il bien s’accorde ? Que si l’on nous reprenoit là-dessus, nous aurions le plus beau prétexte du monde de jouer aussi faux qu’il nous plairoit. Ainsi, soit qu’on nous permettre d’accorder, soit qu’on noua en empêcher, nous trouverons toujours le moyen de n’être jamais d’accord.

Nous continuerons de crier tous au scandale & la profanation : nous nous plaindrons hautement qu’on déshonore le séjour des Dieux par des Bateleurs ; nous tacherons de prouver que nos Acteurs ne sont pas des Bateleurs comme les autres, attendu qu’ils chantent & gesticulent tout au plus, mais qu’ils ne jouent point : que a petite Tonelli se sert de ses bras pour faire son rôle avec une intelligence & une gentillesse ignominieuse, au lieu que l’illustre Mademoiselle Chevaler ne se sert des siens que pour aider a I’effort de ses poumons, ce qui est beaucoup plus décent ; qu’au surplus il n’y a que le talent qui déroge, & que nos Acteurs n’ont jamais déroge. Nous ferons voir aussi que la Musique Italienne déshonore notre théâtre, par la raison qu’une Académie Royale de Musique doit se soutenir avec la seule pompe de son titre & son privilege, & qu’il n’est pas de sa dignité d’avoir besoin pour cela de bonne Musique.