Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/581

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une phrase & dire quelque chose, la liaison que la mesure leur donne. Qu’on présente au Musicien une suite de notes de valeur indéterminée, il en va faire cinquante mélodies entièrement différentes, seulement par les diverses manieres de les scander, d’en combiner & varier les mouvemens ; preuve invincible que c’est a la mesure qu’il appartient de fixer toute mélodie. Que si la diversité d’harmonie qu’on peut donner a ces suites, varie aussi leurs effets, c’est qu’elle en fait réellement encore autant de mélodies différentes, en donnant aux mêmes intervalles, divers emplacemens dans l’échelle du mode, ce qui, comme je l’ai déjà dit, change entièrement les rapports des sons & le sens des phrases.

La raison pourquoi les anciens n’avoient point de Musique purement instrumentale, c’est qu’ils n’avoient pas l’idée d’un chant sans mesure, ni d’une autre mesure que celle de la Poésie ; & la raison pourquoi les Vers se chantoient toujours & jamais l’a Prose, c’est que la Prose n’avoit que la partie du chant qui dépend de l’intonation, au lieu que les vers avoient encore l’autre partie constitutive de la mélodie, savoir le rythme.

Jamais personne, pas même M. Rameau, n’a divise la Musique en mélodie, harmonie & mesure, mais en harmonie & mélodie ; après quoi l’une & l’autre se considère par les sons & par les tems.

M. Rameau prétend que tout le charme, toute l’énergie de la Musique est dans l’harmonie, que la mélodie n’y a qu’une part surbordonnée & ne donne a l’oreille qu’un léger & stérile agrément. Il faut l’entendre raisonner lui-même. Ses