Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/582

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preuves perdroient trop a être rendues par un autre que lui.

Tout chœur de Musique, dit-il, qui est lent, dont la succession harmonique est bonne, plaît toujours sans le secours,d’aucun dessein, ni d’une mélodie qui puisse affecter d’elle-même ; & ce plaisir est tout autre que celui qu’on éprouve ordinairement d’un chant agréable ou simplement vis & gai. ( Ce parallele d’un chœur lent & d’un air vis & gai me paroit assez plaisant ). L’un se rapporte directement a l’ame, ( notez bien que c’est le grand chœur a quatre parties. ) L’autre ne passe pas le canal de l’oreille. ( C’est le chant selon M. Rameau. ( J’en appelle encore a l’Amour triomphe, déjà cite plus d’une fois. ( Cela est vrai,) Que l’on compare le plaisir, qu’on éprouve a celui que cause un air, soit vocal, soit instrumental. J’y consens, Qu’on me laisse choisir la voix & l’air, sans me restreindre au seul mouvement vis & gai, car cela n’est pas juste ; & que M. Rameau vienne de son cote avec son chœur l’Amour triomphe & tout ce terrible appareil d’instrumens & de voix, il aura beau se choisir des juges qu’on n’affecte qu’a force de bruit & qui sont plus touches d’un tambour que du rossignol, ils seront hommes enfin. Je n’en veux pas davantage pour leur faire sentir que les sons les plus capables d’affecter l’ame ne sont point ceux d’un chœur de Musique.

L’harmonie est une cause purement physique ; l’impression qu’elle produit reste dans le même ordre ; des accords ne peuvent qu’imprimer aux nerfs un ébranlement passager & stérile ; ils donneroient plutôt des vapeurs que des passions. Le plaisir qu’on prend a entendre un chœur lent, dépourvu