Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/583

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de mélodie, est purement de sensation, & tourneroit bientôt a l’ennui, si l’on n’avoit soin de faire ce chœur très-court, sur-tout lorsqu’on y met toutes les voix dans leur Médium. Mais si les voix sont remisses & bases, il peut affecter l’ame sans le secours de l’harmonie ; car une voix remisse & lente est une expression naturelle de tristesse ; un chœur a l’unisson pourroit faire le même effet.

Les plus beaux accords, ainsi que les plus belles couleurs, peuvent porter aux sens une impression agréable, & rien de plus. Mais les accens de la voix passent jusqu’a l’ame ; car ils sont l’expression naturelle des passions, & en les peignant, ils les excitent. C’est par eux que la oratoire, éloquente, imitative, ils en forment le langage ; c’est par eux qu’elle peint a l’imagination les objets, qu’elle porte au cœur les sentimens. La mélodie est dans la Musique ce qu’est le dessein dans la Peinture, l’harmonie n’y fait que l’effet des couleurs. C’est par le chant, non par les accords que les sons ont de l’expression, du feu, de la vie ; c’est le chant seul qui leur donne les effets moraux qui sont toute l’énergie de la Musique. En un mot, le seul physique de l’Art se réduit a bien peu de chose, & l’harmonie ne passe pas au-delà.

Que s’il y a quelques mouvemens de l’ame qui semblent excites par la seule harmonie, comme l’ardeur des soldats par les instrumens militaires, c’est que tout grand bruit, tout bruit éclatant peut être bon pour cela ; parce qu’il n’est question que d’une certaine agitation qui transmet de l’oreille au cerveau, & que l’imagination, ébranlée ainsi, fait le reste. Encore cet effet dépend-il moins de l’harmonie que