Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/417

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Quel est ce second principe ? Il est datas la Nature ainsi que le premier ; mais pour l’y découvrir il faut une observation plus fine, quoique plus simple, & plus de sensibilité dans l’observateur. Ce principe est le même qui fait varier le Ton de la Voix, quand on parle, selon les choses qu’on dit & les mouvemens qu’on éprouve en les disant. C’est l’Accent des Langues qui détermine la Mélodie de chaque Nation ; c’est l’Accent qui fait qu’on parle en chantant, & qu’on parle avec plus ou moins d’énergie, selon que la Langue a plus ou moins d’Accent. Celle dont l’Accent est plus marqué doit donner une Mélodie plus vive & plus passionnée ; celle qui n’a que peu ou point d’Accent de peut avoir qu’une Mélodie languissante & froide, sans caractere & sans expression. Voilà les vrais principes ; tant qu’on en sortira & qu’on voudra parler du pouvoir de la Musique sur le cœur humain, on parlera sans s’entendre ; on ne saura ce qu’on dira.

Si la Musique ne peint que par la Mélodie, & tire d’elle toute sa forcé, il s’ensuit que toute Musique qui ne chant pas, quelque harmonieuse qu’elle puisse être, n’est point une Musique imitative, &, ne pouvant ni toucher ni peindre avec ses beaux Accords, lasse bientôt les oreilles, & laissé toujours le cœur froid. Il suit encore que, malgré la diversité des Parties que l’Harmonie a introduites, & dont on abuse tant aujourd’hui, si-tôt que deux Mélodies se sont entendre à la fois, elles s’effacent l’une l’autre & demeurent de nul effet, quelque belles qu’elles puissent être chacune séparément : d’où l’on peut juger avec quel goût les Compositeurs François ont introduit à leu Opéra l’usage de faire servir un Air