Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/522

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mot, on doit songer qu’on parle à des cœurs sensibles sans oublier qu’on parle à des gens raisonnables. Ce n’est pas que cette je voulusse transporter à l’Opéra cette rigoureuse unité de lieu qu’on exige dans la Tragédie & à la quelle on ne peut gueres s’asservir qu’aux dépens de l’action, de sorte qu’on n’est exact à quelque égard que pour être absurde à mille autres. Ce seroit d’ailleurs s’ôter l’avantage des changemens de Scenes, lesquelles se sont valoir mutuellement : ce seroit s’exposer par une vicieuse uniformité à des oppositions mal conçues entre la Scene qui reste toujours & les situations qui changent ; ce seroit gâter, l’un par l’autre, l’effet de la Musique & celui de la décoration, comme de faire entendre des Symphonies voluptueuses parmi des rochers, ou des airs gais dans les Palais des Rois.

C’est donc avec raison qu’on a laissé subsister d’Acte en Acte les changemens de Scene, & pour qu’ils soient réguliers & admissibles, il suffit qu’on ait pu naturellement se rendre du lieu d’où l’on sort au lieu où l’on passe, dans l’Intervalle de tems qui s’écoule ou que l’action suppose entre les deux Actes : de sorte que, comme l’unité de tems doit se renfermer à-peu-prés dans la durée de vingt-quatre heures, l’unité de lieu dois se renfermer à-peu-près dans l’espace d’une journée de chemin. À l’égard des changemens de Scene pratiqués quelquefois dans un même Acte, ils me paroissent également contraires à l’illusion & à la raison, & devoir être absolument proscrits du Théâtre.

Voilà comment le concours de l’Acoustique & de la Perspective peut perfectionner l’illusion, flatter les sens par