Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/523

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des impressions diverses, mais analogues, & porter à l’ame même intérêt avec un double plaisir. Ainsi ce seroit une grande erreur de penser que l’ordonnance du Théâtre n’a rien commun avec celle de la Musique, si ce n’est la convenance générale qu’elles tirent du Poeme. C’est à l’imagination des deux Artistes à déterminer entr’eux ce que celle du Poete a laissé à leur disposition, & à s’accorder si bien en cela que le Spectateur sente toujours l’accord parfait de ce qu’il voit & de ce qu’il entend. Mais il faut avouer que la tâche du Musicien est la plus grande. L’imitation de la peinture est toujours froide, parce qu’elle manque de cette succession d’idées & d’impressions qui échauffe l’ame par degrés, & que tout est dit au premier coup-d’œil. La puissance imitative de cet Art, avec beaucoup d’objets apparens, se borne en effet à de très-foibles représentations. C’est un des grands avantages du Musicien de pouvoir peindre les choses qu’on ne sauroit entendre, tandis qu’il est impossible au Peintre de peindre celles qu’on ne sauroit voir ; & le plus grand prodige d’un Art qui n’a d’activité que par ses mouvemens, est d’en pouvoir former jusqu’à l’image du repos. Le sommeil, le calme de la nuit, la solitude & le silence même entrent dans le nombre des tableaux de la Musique. Quelquefois le bruit produit l’effet du silence, & le silence l’effet du bruit ; comme quand un homme s’endort à une lecture égale & monotone, & s’éveille à l’instant qu’on se tait ; & il en est de même pour d’autres effets. Mais l’Art a des substitutions plus fertiles & bien plus fines que celle-ci ; il fait exciter par un sens des émotions semblables à celles qu’on