Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/601

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ce changement bien ménagé produit des effets surprenans. Dans le cours d’un Récitatif débité, une réflexion tendre & plaintive prend l’Accent musical & se développe à l’instant par les plus douces inflexions du Chant ; puis, coupée de la même maniere par quelqu’autre réflexion vive & impétueuse, elle s’interrompt brusquement pour reprendre à l’instant tout le débit de la parole. Ces morceaux courts & mesurés, accompagnés, pour l’ordinaire, de Flûtes & de Cors de chasse, ne sont pas rares dans les grands Récitatifs Italiens.

On mesure encore le Récitatif, lorsque l’Accompagnement dont on le charge étant chantant & mesuré.lui-même, oblige le Récitant d’y conformer son débit. C’est moins alors un Récitatif mesuré que, comme je l’ai dit plus haut, un Récitatif accompagnant l’Accompagnement.

RECITATIF OBLIGE. C’est celui qui, entremêle de Ritournelles & de traits de Symphonie, oblige pour ainsi dire le Récitant & l’Orchestre l’un envers l’autre, en sorte qu’ils doivent être attentifs & s’attendre mutuellement. Ces passages alternatifs de Récitatif & de Mélodie revêtue de tout l’éclat de l’Orchestre, sont ce qu’il y a de plus touchant, de plus ravissant, de plus énergique dans toute la Musique moderne. L’Acteur agité, transporté d’une passion qui ne lui permet pas de tout dire, s’interrompt, s’arrête, fait des réticences, durant lesquelles l’Orchestre parle pour lui ; & ces silences, ainsi remplis, affectent infiniment plus l’Auditeur que si l’Acteur disoit lui-même tout ce que la Musique fait entendre. Jusqu’ici la Musique Françoise n’a su faire aucun usage