Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/243

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LIVRE TROISIÈME 233

prince au père de famille, erreur déjà réfutée (*), niais encore de donner libéralement à ce magistrat toutes les "vertus dont il aurait besoin, et de sup- poser toujours que le prince est ce qu'il devrait être ; supposition à l'aide de laquelle le gouverne- ment royal e* t évidemment préférable à tout autre, parce qu'il est incontestablement le plus fort, et que, pour être aussi le meilleur, il ne lui manque qu'une volonté de corps plus conforme à la volonté générale.

Mais si, selon Platon (a), le roi par nature est un personnage si rare, combien de fois la nature et la fortune concourront-elles à le couronner ! Et si l'éducation royale corrompt nécessairement ceux qui la reçoivent, que doit-on espérer d'une suite d'hommes élevés pour régner ? C'est donc bien vouloir s'abuser que de confondre le gouvernement royal avec celui d'un bon roi. Pour voir ce qu'est ce gouvernement en lui-même, il faut le considérer sous des princes bornés ou méchants ; car ils arri- veront tels au trône, ou le trône les rendra tels.

Ces difficultés n'ont pas échappé à nos auteurs ; mais ils n'en sont point embarrassés. Le remède est, disent-ils, d'obéir sans murmure ( 2 ) ; Dieu donne les mauvais rois dans sa colère, et il les faut sup- porter comme des châtiments du ciel. Ce discours est édifiant, sans doute ; mais je ne sais sïl ne con- viendrait pas mieux en chaire que dans un livre de

<*) I.H.

(a) In Civili. (Note de Rousseau). — Voir ci-dessus II, vu. ( 2 ) Voir notamment Bossuet, Politique tirée de l'Écriture Sainte, liv. IV, art. i et 2.

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