Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/280

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27O DU CONTRAT SOCIAL

Ce changement de relation n'est point une subti- lité de spéculation sans exemple dans la pratique : il a lieu tous les jours dans le parlement d'An- gleterre (*), où la chambre basse, en certaines occasions, se forme en grand comité, pour mieux discuter les affaires, et devient ainsi simple commis- sion, de cour souveraine qu'elle était l'instant précédent ; en telle sorte qu'elle se fait ensuite rapport à elle-même, comme chambre des com- munes, de ce qu'elle vient de régler en grand comité, et délibère de nouveau sous un titre de ce qu'elle a déjà résolu sous un autre.

Tel est l'avantage propre au gouvernement démocratique, de pouvoir être établi dans le fait par un simple acte de la volonté générale. Après quoi, ce gouvernement provisionnel reste en pos- session, si telle est la forme adoptée, ou établit au nom du souverain, le gouvernement prescrit par la loi ; et tout se trouve ainsi dans la règle ( 2 ). Il

(*) CeUe procédure est encore aujourd'hui suivie par la Chambre des Communes d'Angleterre.

( 2 ) Cette espèce de prestidigitation politique me paraît se heurter à une difficulté insoluble, que Rousseau ne semble pas apercevoir. Quoi qu'il en dise, il est impossible, d'après ses principes, qu'un peuple puisse jamais légiti- mement se constituer en aristocratie ou en monarchie. En effet, on vient de voir que le peuple doit tout d'abord se constituer en démocratie pour se donner à lui-même le pouvoir exécutif de nommer ses chefs. Mais le pouvoir exécutif ne peut qu'appliquer la loi votée par le pouvoir législatif. Or, celui-ci ayant voté l'institution d'une démo- cratie, le peuple ne peut nommer un roi ou un sénat sans violer la loi do laquelle il tire son pouvoir exécutif. Si on suppose que le souverain révoque alors sa précédente volonté et, par une loi nouvelle, vote la monarchie par

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